Ensemble Irsahm → Inspiration II (écoute collective)

4.10.2026
4.10.2026
Ensemble Irsahm → Inspiration II (écoute collective)
Juliette Trullemans-Wytsman (1866—1925) Cerisiers en fleurs

La musique de l’Ensemble Irsahm, et plus particulièrement l’album Spaghetti Subtilior, inspire les créateur·ices sonores. Sebastian Dicenaire l’a choisie pour son documentaire sonore en deux parties : Exercice de funérailles anticipées. Léonore Frenois et Justin Gistelinck pour Autres voix, un ensemble de capsules sonores destinées au Musée d’Ixelles. Pourquoi et comment cette musique les a-t-elle happés ?

Créahmbxl : Le Musée d'Ixelles vous a commandé une série de capsules sonores intitulée Autres voix. Elles constitueront l'une des pistes possibles du futur audioguide du Musée en proposant une lecture sensible des œuvres. Les "autres voix" dont il est question sont celles des comédiens et comédiennes de l'atelier Théâtre du Créahmbxl, qui participe de la sorte à un projet de médiation inédit. Pourquoi avoir choisi la musique de l’Ensemble Irsahm pour accompagner vos capsules sonores ? Qu’est-ce qui a provoqué le déclic ?

Léonore Frenois : À la base, étant donné que nous étions partis sur une forme classique de type audioguide, nous pensions créer un fond sonore nous-mêmes, Justin Gistelinck, avec qui je travaille, étant également créateur sonore. Anita Van Belle (attachée de communication au Créahmbxl) m’a encouragée à rencontrer Anatole Damien, le musicien-animateur de l’atelier Musique du Créahmbxl, car il était question que j’accompagne le voyage de l’ensemble Irsahm au Japon, en tant que chercheuse. La rencontre avec Anatole a tout de suite été évidente. Elle m'a permis de mieux comprendre les spécificités de l’atelier Musique, que je ne connaissais pas encore : du fait de ma formation initiale d’artiste-plasticienne, je m’étais davantage centrée sur l’atelier Arts plastiques. Un tort ! En rentrant chez moi, j’ai écouté l’album Spaghetti Subtilior et j’ai été complètement estomaquée ! J’adore la musique dite « classique ». Le fait que les musicien·nes de l'Ensemble s’inspirent de compositeurs tels que Bach a constitué, pour moi, une porte d’entrée vers cet univers musical très onirique.

Saviez-vous que les artistes étaient en situation de handicap lorsque vous l’avez entendue pour la première fois ? Est-ce que cela fait une différence ?

C’est plutôt l’inverse qui s’est produit ! Du fait du contexte, je ne pouvais l’ignorer. Mais en revanche, je n’avais pas très bien compris qui faisait quoi au sein du groupe. À défaut de partir avec elleux au Japon, j’ai eu la chance d’accompagner l’Ensemble Irsham lors d’un concert au Café Oto à Londres. C’est vraiment là que j’ai compris les rôles de chacun·e. J’ignorais, par exemple, qu’Anatole Damien et Ben Bertrand avaient y étaient aussi actifs comme musiciens à part entière. Leur casquette d’artiste-animateur (dans le cas d’Anatole) ou de professeur de musique (dans le cas de Ben, qui enseigne à l’IRSA, duquel sont issues les deux chanteuses) est laissée au vestiaire au profit de celle de musiciens professionnels formés au conservatoire. Bref : j’ignorais en réalité qu’il y avait des musiciens « valides » dans l’Ensemble ! Une belle surprise, car cela permet de « déségréguer » : chaque membre, valide ou non, étant placé sur le même plan. Je dirais que la seule différence, pour moi, a eu lieu en concert, puisque la situation de handicap des chanteuses est perceptible par le public. Le Café Oto n’est pas un espace lié au handicap, mais un lieu connu de la culture underground londonienne. J’ai senti et entendu que le public était particulièrement touché. Je pense que, outre la beauté de la musique, cela reste (malheureusement) inhabituel d’être toustes ensemble dans un même espace, mu·es par une même passion de la musique. C’est tellement rare !

Il y a quelque chose de « fait main », de très humain et d’universel qui se dégage du rythme de ces musiques. À l’aire de l’IA, cette dimension « non reproductible » et « non standardisée » est d’autant plus appréciée.

Quel rôle/statut donnez-vous à ces morceaux dans votre production ?

Sans les morceaux de l’Ensemble Irsham, mais aussi Génération Intime, de même que quelques enregistrements inédits, les capsules sonores, constituées chacune des voix de cinq acteur·ices du Créahmbxl paraîtraient bien vides ! Grâce à la musique, on quitte le registre documentaire pour entrer dans la fiction, la spéculation et voyager. Une auditrice, lors d’une séance test qui a eu lieu au Musée d’Ixelles, me disait : « C'est relaxant » et « On n’a pas envie que ça s’arrête », à l’inverse d’un audioguide classique qu’on écoute avant tout pour « apprendre ».

 L’album Spaghetti Subtilior n’a pas été enregistré au départ pour l’usage que vous en faites : est-ce que cela représente un défi particulier, artistique ou technique ?

 L’album se prête particulièrement bien à l’exercice de l’audioguide. Le fait qu’il y ait de la voix, mais aucune parole permet de ne pas interférer avec le contenu/les voix des acteur·ices. Nous avons cependant parfois dû créer des boucles afin de nous caler sur le timing des capsules (2 minutes environ) et préserver l’ambiance d’un passage musical en particulier, que nous avons dès lors isolé. Le recours à des boucles a été plus conséquent en ce qui concerne l’utilisation des musiques de Génération Intime. Comme il y a beaucoup de contenu en termes de paroles, nous avons dû les réarranger afin de ne garder que les parties instrumentales.

Après les avoir, nous l’imaginons, beaucoup entendues,qu’est-ce qui vous touche encore dans ces mélodies ?

Parler du son est toujours difficile !  Pour ma part, j’ai l’impression que je les redécouvre à chaque fois. Il y a quelque chose de polyphonique (même si il n’y a que deux voix) qui m’évoque les musiques sacrées du moyen-âge ! L’analogie est un peu étrange, mais je pense, en y réfléchissant, qu’il y a quelque chose de « fait main », de très humain et d’universel qui se dégage du rythme de ces musiques. À l’aire de l’IA, cette dimension « non reproductible » et « non standardisée » est d’autant plus appréciée. Justin parle quant à lui de« fragilité ». J’ajouterais : « une force fragile ».

Informations pratiques

Écoute collective

Dim. 4.10.26

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