Ensemble Irsahm → Inspiration I (écoute collective)

4.10.2026
4.10.2026
Ensemble Irsahm → Inspiration I (écoute collective)
Illustration Futurs.Net

La musique de l’Ensemble Irsahm, et plus particulièrement l’album Spaghetti Subtilior, inspire les créateur·ices sonores. Sebastian Dicenaire l’a choisie pour son documentaire sonore en deux parties : Exercice de funérailles anticipées. Léonore Frenois et Justin Gistelinck pour Autres voix, un ensemble de capsules sonores destinées au Musée d’Ixelles. Pourquoi et comment cette musique les a-t-elle happés ?

Créahmbxl : Pourquoi avoir choisi la musique de l’Ensemble Irsahm pour votre documentaire ? Qu’est-ce qui a provoqué le déclic ?

Sebastian Dicenaire : Sans me l’être formulé de cette façon à l'époque, je crois que je cherchais une musique qui mélangeait subtilement le pop et le sacré, le classique et le contemporain… Le fait d'avoir une orchestration que je définirais comme alternative/pop avec une composition dont on sent bien qu'elle est ancrée dans un passé et une tradition plus lointaines, provoque une légère étrangeté qui m'a tout de suite plu. De façon plus technique, c'est aussi une musique qui apporte une émotion immédiate sans prendre toute la place, qui n'écrase pas le propos du documentaire ou ne se substitue pas à lui, mais qui permet qu’un dialogue se tisse entre ces deux formes d’expression.

Saviez-vous que les artistes étaient en situation de handicap lorsque vous l’avez entendue pour la première fois ? Est-ce que cela a fait une différence lorsque vous l’avez appris ?

Non, je n'étais pas au courant de cela quand j'ai choisi la musique. Ce n'est qu'au moment de chercher à prendre contact avec les ayant droit ou la maison de disque / le label que j'ai commencé à le réaliser. Cela n'a rien changé fondamentalement pour moi, même si cela n'était pas pour me déplaire non plus, précisément parce que la situation de handicap m'était inconnue au départ. J'avoue m’être demandé rétrospectivement si, sans le savoir, cela avait pu avoir un impact sur mon choix… Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai été touché par ce mélange de grande maîtrise et de fragilité, et aussi par un côté très solaire de la musique, quelque chose de très harmonieux, d’apaisant, de léger tout en étant profond, une musique comme un baume à l’âme… Je trouve ça très rare dans la musique d’aujourd’hui, très précieux…

Quel rôle/statut a la musique dans Exercice de funérailles anticipées ?

La musique de l’ensemble Irsahm n'est pas la seule musique que j'ai choisie pour le documentaire, il y a aussi celle du musicien Maxime Denuc (avec son album "Nachthorn”), qui produit une musique que l'on pourrait définir dans les grandes lignes comme de la techno trance jouée sur des orgues d'église, ce qui lui donne également un côté méditatif, une légère étrangeté. Là aussi peut-être ai-je été séduit par ce mélange subtil de sacré et d'influence électro plus populaire et moderne, bien que dans un registre très différent.

Mais les musiques de l’ensemble Irsham et de Maxime Denuc ne sont pas les seules sources de « musicalité » dans le documentaire, puisque je compose moi-même des moments de « sound design ». Pour mes propres sons, il s'agit plutôt de virgules, d'articulations ; alors que pour les musiques, il s’agit le plus souvent de plages plus développées qui accompagnent la voix de mon personnage dans des moments d’introspection, de réflexion, il y a une ouverture que crée la musique, une percée sur quelque chose de plus universel, de plus général que mon cas particulier, que l’ici et maintenant du documentaire. Certains morceaux reviennent également à différents moments du documentaire (qui se décline en deux volets de 50 minutes), ce qui permet de créer un pont émotionnel entre des parties assez éloignées, de les faire communiquer à un niveau souterrain peut-être plus profond.

J'ai été touché par ce mélange de grande maîtrise et de fragilité, et aussi par un côté très solaire de la musique, quelque chose de très harmonieux, d’apaisant, de léger tout en étant profond, une musique comme un baume à l’âme…

L’album Spaghetti Subtilior n’a pas été enregistré au départ pour l’usage que vous en faites : est-ce que cela représente un défi particulier, artistique ou technique ?

Bien sûr, je n'ai pas pris tous les morceaux de l'album, ni les morceaux en entier (même s’ils existent tout de même sur une durée assez conséquente). Il y a un un choix qui s’est opéré, mais un choix qui s’est comme imposé de lui-même. Assez organiquement, le documentaire a rejeté les parties musicales qui ne lui « appartenaient » pas, et très vite, celles qui lui « appartenaient » lui sont devenues indissociable, comme si la musique « collait » au propos, était complémentaire de lui, et ne pouvait plus s'en détacher. Lorsqu'on a atteint ce point-là, c'est fini, les deux éléments font corps !

Après les avoir, nous l’imaginons, beaucoup entendues, qu’est-ce qui vous touche encore dans ces mélodies ?

J'ai bien sûr acheté l'album, et je l'ai mis sur la playlist de mon ordinateur, qui joue des albums aléatoirement. Parfois donc, l'album Spaghetti Subtilior commence à jouer quand je ne m'y attends pas du tout, quand je suis en train de faire autre chose. Bien sûr, maintenant il y a non seulement l’émotion première, celle qui avait été immédiatement présente quand j'ai découvert la musique, mais il y a aussi – emmêlées de façon inextricable – toutes les émotions et les sensations qui sont nées pendant le documentaire, et qui sont loin d'être neutres puisqu'il s’agissait pour moi de chercher la meilleure façon d'envisager comment inventer un rituel funéraire aujourd’hui pour nos proches – en l’occurrence ici mon papa. Mais cette joie pure de ma première écoute subsiste toujours en sous-couche et prends le dessus sur cette pointe de nostalgie liée au documentaire, elle me prend par la main et m'emmène rapidement flotter quelques mètres au-dessus du sol et de considérations plus terre à terre, dans cette joie légère et grave que j’y ai toujours entendu.

Informations pratiques

Écoute collective

Dim. 4.10.26

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