Ensemble Irsahm → résidence internationale, Japon

En mai, l’Ensemble Irsahm sera dix jours au Japon, auprès du Centre d’Art Yamanami et ailleurs, pour y pratiquer la musique avec des artistes neuroatypiques. Au programme : ateliers, enregistrements et concert à l'Old Guggenheim House (Kobe). Anatole Damien évoque ce projet, taillé sur mesure.
Créahmbxl : L’Ensemble Irsahm est invité au Japon par l’Atelier Yamanami pour une résidence musicale. Quels sont les points communs entre Yamanami et le Créahmbxl ?
Anatole Damien : Là où les deux ateliers se rejoignent, c’est dans une volonté d’ouverture qui favorise les visites, les rencontres, les collaborations, et le souhait que les visiteur·euses découvrent les artistes neuroatypiques au travers de leurs œuvres avant de voir la personne au travail.
L’Atelier Yamanami est aussi très soucieux de son implantation dans la ville de de Koka. Le directeur, Masato Yamashita, souhaite que sa structure soit « une destination pour les habitants, même s’ils ne sont pas curieux du handicap, de l’aide sociale ou de l’art – un lieu où quelque chose résonne », ce que souhaiterait également le Créahmbxl, en développant un jardin des cinq sens, par exemple.
Comment s’est opéré le contact avec l’Atelier Yamanami ?
Lors d’une tournée au Japon en tant que musicien avec le groupe Super Gum en 2025. J’avais dans l’idée d’aller visiter quelques centres équivalents au Créahmbxl en compagnie d’un musicien japonais. L’Atelier Yamanami nous a super bien accueillis. Il fait partie d’un réseau de centres nés dans les années 80 et dédiés à la création brute. C’est l’un des plus grands du Japon. Sa philosophie est très comparable à la nôtre, ce qui m’a donné l’envie de collaborer avec eux, de partager ce que nous faisons ici. Immédiatement, ils ont exprimé de l’enthousiasme à l’idée que nos deux structures collaborent.
Sur quelles bases l’invitation a-t-elle été lancée ?
L’Atelier Yamanami, qui dispose d’un lieu dédié à la musique, nous a invités pour quatre jours de recherche avec ses artistes. Il n’y a pas de pratique musicale à proprement parler sur le site, mais beaucoup de groupes viennent y jouer. Le lien à la musique s’opère naturellement.
Par ailleurs, l’un des artistes de Yamanami, Masaki Mori, est passionné de musique expérimentale. Il traduit en dessin des expériences sonores et spatiales. Ce sera passionnant de le rencontrer.
Quel est le programme durant la résidence ?
Durant les quatre jours avec l’atelier Yamanami, nous allons nous inspirer de la méthodologie développée pour l’Ensemble Irsahm dans son approche de la musique ancienne, mais dans un travail plus expérimental, avec la possibilité pour celleux qui maîtrisent moins la technique musicale de créer de la richesse sonore. On entendra plus d’instruments et plus d’environnements sonores que dans Spaghetti Subtilior, notre précédent album.
Pour y arriver, nous amenons à Koba quelques instruments fabriqués lors du workshop avec BrutPop, un collectif lillois qui développe des instruments de musique ou d'autres outils qui facilitent l'accès à des pratiques musicales et sonores. Nous prendrons sûrement avec nous une Brut Box et un orgue à flûtes (mix entre des seringues géantes vert fluo et des embouts de flûtes rose pétant, n.d.l.r.).
C’est important d’ajouter que nous serons accompagné durant toute la résidence de l’ingénieur son Kotaya Mauchi, qui enregistrera toutes les sessions d’impro. (Accessoirement, ce sera aussi notre traducteur). Kota est un musicien réputé pour ses collaborations dans le domaine de la musique expérimentale, ambient ou électronique. C’est une chance de l’avoir avec nous.
Quelles traces laissera l’Ensemble Irsahm au Japon ?
Il y a un concert prévu à l’Old Guggenheim House de Kobe, qui sera également enregistré. Pendant deux jours, nous échangerons là-bas avec le groupe Otoasobi Project, un groupe de musique improvisée au sein duquel des membres en situation de handicap jouent ensemble. Musicalement, ils ont acquis une belle visibilité en collaborant depuis 2006 avec le guitariste Otomo Yoshinde, un musicien légendaire dans le domaine de l’improvisation libre. Nous allons pouvoir observer la manière dont il travaille avec ce groupe en jouant avec eux, une occasion incroyable pour nos musicien·nes de rencontrer un univers culturel différent. La rencontre se conclut le troisième jour par un concert Otoasobi Project X Créahmbxl.
Pour l’anecdote, le musicien qui gère l’Old Guggenheim House, Ari Morimoto a un père belge. Il a étudié à l’ERG,à Bruxelles ! Il gère ce lieu, qui a pu être sauvé de la destruction, depuis 2007. L'Old House a abrité des enregistrements mythiques et accueille des concerts de plus de 1.000 personnes dont les billets se vendent en quelques heures. On espère être inspirés sur scène, mais quelque part, cette expérience nous enchante. C’est comme si tout s’était aligné pour que nous puissions collaborer avec des musiciens exceptionnels dans des endroits débordants de fantaisie et d’énergie.
Une playlist japonaise qui nous permette d’entrevoir la scène musicale que vous rencontrerez ?
Le groupe Tenniscoat, qui a créé son propre label, Majikick.
Otomo Yoshihide
Kota Yamauchi
ToriKudo et le Maher Shalal Hash Baz
L’organiste Aki Tsuyuko
Le groupe Quaeru
Le label Childisc de Nobukazu Takemura.
→ À l’occasion de la résidence au Japon de l’Ensemble Irsahm, réédition de l’album Spaghetti Subtilior, en vente au comptoir du Créahmbxl et lors des concerts.
Sources
https://www.diversity-in-the-arts.jp/en/stories/32683
Atelier Yamanami /Art Center Yamanami (Shiga). Aplace that cares about what they love to do. Texte : Inoue Hideki. Mise en ligne : 22 mars 2022.
https://www.diversity-in-the-arts.jp/en/stories/36683
What is music? What does it mean to play “free”? —Together with Otoasobi Project, I have been asking these questions for the last 16 years, entretien avec OTOMO Yoshihide. Texte : Okada Kaya. Mise en ligne : 23 janvier 2023.




